Les mots sont comme la mode. Ils vont, ils viennent… Certains vous irritent, comme peut-être la locution « Du coup », employée à tout bout de champs en lieu et place du « Donc » alors qu’elle signifie « Aussitôt » ! Ils ont aussi un pouvoir attractif qui les dépassent. Mal utilisés, chahutés, les mots évoluent malgré eux. Le mot « résilience » en est un parfait exemple. De concept physique et psychologique, la résilience est devenue écologique, néolibérale, organisationnelle… liste non exhaustive. Mais alors qu’est-ce que la résilience fondamentalement ?

À l’origine, le mot « résilience » vient du verbe latin resilire, qui signifie « sauter ». Le préfixe « re » souligne l’idée de retour en arrière. Au XVIIᵉ siècle, la langue anglaise adopte le participe présent de resilire, resiliens, en lui donnant une nouvelle nuance. Il ne s’agit plus seulement de revenir en arrière, mais de réagir après un choc et de rebondir. Ce qui compte alors, ce n’est plus le simple recul, mais le choc et la capacité à mieux redémarrer après.
C’est ainsi que la résilience, dans sa définition initiale en psychologie, fait référence à la capacité d’un individu à surmonter les épreuves. Mais aussi à rebondir après un traumatisme ou un événement difficile, et à retrouver un équilibre de vie.
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français a largement contribué à définir ce concept. C’est une force intérieure qui permet de ne pas rester enfermé dans la douleur, mais plutôt d’en faire un moteur pour continuer à avancer.
« La résilience c’est l’art de naviguer dans les torrents. » – Boris Cyrulnik
Elle est loin d’être un simple « dépassement de soi » ou un « optimisme obligatoire » face aux épreuves. Elle ne signifie pas non plus l’absence de souffrance et ni la négation de la difficulté. C’est plutôt la capacité à transformer la douleur en moteur de reconstruction.
Il s’agit d’affronter, comprendre et transcender l’épreuve.
Ni simple endurance, ni résistance passive, c’est un voyage vers une meilleure connaissance de soi qui permet de comprendre la nature de ses réactions face aux épreuves. Ainsi permettre à une personne de mieux appréhender ses propres limites et développer les ressources nécessaires pour s’adapter aux difficultés futures.
Elle implique un environnement soutenant, la possibilité de parler de ses épreuves et d’être accompagné dans le cheminement de reconstruction. Elle repose également sur la capacité à nouer des liens avec autrui et à trouver un sens dans ce qui a été vécu.
Les études menées par Boris Cyrulnik montrent ainsi que les personnes résilientes ont souvent développé une profonde empathie et une ouverture aux autres. Généralement issues de leur propre parcours de souffrance.
Or, utilisée dans des contextes éloignés de la psychologie, la résilience semble incarner une qualité indispensable à développer pour faire face aux défis de notre époque.
Être résilient serait comme être un nouveau genre de superhéros !
On l’emploie pour parler de la capacité à gérer le stress quotidien, à supporter les contraintes au travail ou même à excuser des situations d’injustice. Dans certains discours, on semble dire que tout un chacun doit être résilient, peu importe les circonstances. Cette banalisation du terme peut parfois donner l’impression que la résilience est un remède miracle à toutes les difficultés. Il ne suffirait de décider d’être résilient pour surmonter tout obstacle.
Mais la véritable résilience ne se décrète pas.
Elle se construit patiemment, au fil des épreuves, à travers un processus personnel unique et souvent douloureux. C’est une manière de trouver un sens dans ce qui semblait insurmontable et de réinventer sa trajectoire. Il ne s’agit pas d’ignorer ses blessures mais les intégrer pour avancer, enrichi de leurs leçons.
C’est une invitation, à l’authenticité, à la profondeur et en somme, à une humanité réconciliée avec elle-même.